Chanteuse de gospel, de rhythm’n’blues, pianiste, auteure, Aretha Franklin est l’inoubliable icône de l’âge d’or de la soul. En six albums parus entre 1967 et 1969, elle a redéfini le son de la musique noire lui donnant le souffle de la liberté. Née en pleine Seconde Guerre mondiale sur les rives du Mississippi, c’est à Détroit qu’elle s’épanouira, sous les ordres d’un père prêcheur star et d’une religion baptiste à laquelle elle sera toujours restée fidèle. Voilà le portrait d’une “natural woman” devenue l’indétrônable reine de la Soul.

Enfant de Detroit, Aretha Franklin est la fille du pasteur C. L. Franklin, que côtoyaient des figures comme Martin Luther King et de nombreux artistes de jazz. Elle a appris la musique à l’école du gospel et du sermon, en reprenant les codes et la dramaturgie dans son propre jeu de scène.

Aretha Franklin grandit sous cette figure tutélaire qu’est celle de son père, qu’on appelle “The man with the million dollar voice”, […] un pasteur et un showman; […] elle hérite de lui cette façon de pouvoir mener une assistance mais est aussi assez écrasée par cette figure.
(France Swimberge)

Mais la reine de la soul s’est d’abord frottée au blues, ayant connu des débuts difficiles : à 14 ans, un premier album chez Columbia Records – qui lui fait chanter des standards de jazz dépourvus d’originalité-, un enfant aussi, et des conditions de vie difficiles. Puis vient le succès : repérée par Jerry Wexler, producteur d’Atlantic Records, inventeur du concept de “Rhythm and blues“, elle reprend la chanson “RESPECT” de Ottis Redding, à sa sauce. Le titre devient un hymne féministe, mais pas que. Aretha Franklin parle à tous les opprimés en mal de libération et s’élève en icône de l’émancipation. Ses funérailles sont suivies par tout Detroit, ville où les émeutes de 1967 avaient été les plus dures. Detroit, la ville qui vit grandir la reine de la soul, et où elle avait choisi de finir ses jours.

[La chanson “RESPECT”] va devenir le mantra de toute une Amérique qui a envie de rupture avec son histoire.
(France Swimberge)

Pour en parler, France Swimberge, réalisatrice du documentaire Aretha Franklin, Soul Sister. Il sera diffusé pour la première fois le 4 septembre à 22h25 sur Arte. A ses côtés, Gérard Cogez, professeur de littérature à l’université de Lille. Lui, a consacré divers travaux à James Baldwin. Dernière publication en date, sa traduction de la pièce de théâtre Blues pour l’homme blanc de Baldwin, à paraître le 27 août 2020 aux éditions Zones/La Découverte.

Avec lui, nous revenons sur le parcours du grand écrivain : James Baldwin est né et a grandi dans la misère à Harlem. Grand auteur des droits civiques (La Conversion (1953), La Chambre de Giovanni (1956), qui narre un amour homosexuel à Paris…) il est aussi grand orateur et défend les droits des Noirs dans les universités et sur les plateaux de télévision.

La criminalisation des victimes est une constante du discours raciste.

Après la mort de Martin Luther King et de Malcolm X, il choisit de vivre en France et reçoit chez lui de grandes figures du jazz et de la littérature, de Ray Charles à la future prix Nobel de littérature Toni Morrison, en passant par Marguerite Yourcenar, qui traduit même l’une de ses pièces, Le Coin des Amen.

Les Etats-Unis, contrairement a ce qui est véhiculé, ne sont pas une nation banche, mais une nation où il y a des gens qui se croient blancs, dit Baldwin, et des gens qui sont obligés de penser qu’ils sont noirs mais qui, au fond, auraient très bien pu se passer de cette caractéristique de leur identité. Baldwin a souvent dit que, jusqu’à l’âge de 7 ou 8 ans, il ne savait pas qu’il était noir. Il a dû s’en convaincre parce que c’est l’image qu’on lui a donnée.
(Gérard Cogez)

Après l’élection de Barack Obama et avec le mouvement Black Lives Matter, son oeuvre connaît un regain d’intérêt dont témoigne la sortie de I Am Not Your Negro, un documentaire nommé aux Oscars en 2017 et qui se base sur ses textes. Une oeuvre toujours d’actualité, alors qu’une bavure policière a mené Jacob Blake, cet Afro-américain de 29 ans grièvement blessé par des tirs de policiers dimanche, vers une probable paralysie à vie.

Selon Baldwin, pour qu’un homme éprouve le besoin de tenir en respect une femme a terre en lui appliquant un aiguillon a bestiau sur le coup, il faut que quelque chose de terrible soit arrivé a cet homme.

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